Alexandre Castant

Madrid, images de la Movida

Direction de dossiers artistiques en revues

Madrid, Movida, années 1980
direction du dossier critique « Madrid, Movida, années 1980 »
in Contrejour Photographies, n° 2, décembre 1994.

Les auteurs : Alexandre Castant, Gloria Collado, Alberto Garcia-Alix, Pablo Pérez-Minguez, Bernard Plossu.

Direction éditoriale du dossier critique de la revue Contrejour, réalisé à l’occasion de l’exposition de photographies, historiques, « Madrid : les années 80, images de la Movida » conçue par Gloria Collado, en 1994, au Monde de l’art (Paris).

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Sommaire :

Portfolio de Alberto Garcia-Alix

Madrid : images de la Movida, par A. C.

Photographe de la Movida… et un peu plus, par Pablo Pérez-Minguez

Nueva lente, Madrid, P. P. M. et Carlos Serrano, par Bernard Plossu

Madrid : les années 80, images de la Movida, portfolio conçu par Gloria Collado (Le Monde de l’art, Paris, 1994).

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Madrid : images de la Movida

Derrière la fête, la Movida était un produit de la crise. La gourmandise exhibitionniste, du public et des artistes, n’a jamais voulu cacher les 25% de la population de Madrid qui était alors au chômage, faisant de l’Espagne de l’après-franquisme le leader européen en matière de demandeurs d’emploi. La Movida produisait une catharsis fantasque aux problèmes économiques qui l’avaient générée. Car, avant tout, la Movida se joue dans une fracture historique, globalement de 1975 à 1985. À partir de la mort de Franco, et, à travers les années 1980, avec l’accession au pouvoir du Parti socialiste ouvrier espagnol de Felipe Gonzalez en 1982. Ce dernier s’appuiera sur la Movida pour rénover l’image d’une gestion de l’Espagne ternie par près de quarante ans de dictature. Des enjeux politiques derrière la fête.

Plate-forme des passages entre les arts et les libérations multiples (sexuelles, drogues ; dénonciation des tabous ; refus de récupération idéologique par le système commercial…), la Movida devient vite le haut lieu des premiers films de Pedro Almodovar, des vernissages de Ceesepe, des photomontages de Ouka Leele… La Movida est donc un phénomène de la rupture qui, forgée dans la clandestinité, éclate comme une culture à découvert. Fondée sur un rythme et un imaginaire new-yorkais de l’urbanité (l’une des irrévocables attractions de Madrid), et, en s’appuyant sur une jeunesse en perpétuelle effervescence, la Movida apparaît comme une contre-culture au sens où, depuis les années 1950, celle-ci est fondamentalement populaire, ouverte, narcissique, hédoniste, extravagante… Dans son autobiographie Madrid hoy (1987), la chanteuse Olvido Gara du groupe rock Alaska décrit la métamorphose sociologique et urbaine de Madrid : « 1975, l’année même de la mort de Franco, apparaît le premier fast-food de la chaîne Burger King et le premier rendez-vous de la jeunesse madrilène dans les nuits du quartier de Argüelles… 1976, première manifestation de la presse underground… 1978, découverte des premiers courts-métrages de Pedro Almodovar, première mode des cheveux colorés “ à la punk ”… 1980, le romancier Francisco Umbral commence à parler de la Movida en l’appelant par son nom… 1981, les salles Rock-Ola et Marquee ouvrent leurs portes à une jeunesse qui a l’intention bien arrêtée d’aller au bout de ses extravagances… » Post-moderne, c’est ainsi que la revue de la Movida La Luna de Madrid définira cette période.

Movida signifie « mouvement ». Une photo movida, c’est une photo floue, et, dans les endroits où se vend la drogue, avoir de la movida, c’est aller en chercher… Quant à la photographie, si elle a eu un tel impact, c’est qu’elle fut prise pour sa vélocité, contribuant aussi à l’image, et à la diffusion, d’autres champs comme les arts plastiques, la mode… Madrid : les années 80, images de la Movida est la première exposition rétrospective sur cette culture urbaine, esthétique, sociologique et politique, présentée au Monde de l’art à Paris. « Aujourd’hui, les photographes ont bien accueilli le projet, précise Gloria Collado, critique d’art et commissaire de l’exposition. Ces artistes continuent à avoir une activité incroyable : Alberto Garcia Alix a créé la revue El Canto de la Tripulacion. Ceesepe, Ouka Leele se sont connus dans les années 1970, et, vingt ans après, ils collaborent à de nouvelles publications. Javier Vallhonrat se consacre à la photographie en ayant une réelle conviction dans les arts plastiques… Une étude historique reste à réaliser sur la Movida, mais, dans cette exposition, je veux montrer comment les passages des images d’un artiste à un autre s’organisent. De la même façon, l’art du portrait est fascinant dans cette période. Les Madrid-Foto-Poro de Pablo Perez Minguez, les portraits de Ouka Leele ou de Garcia Alix témoignent de cette richesse visuelle. »

Quinze ans après, Madrid. Gloria Collado, qui collaborait aux heures “ historiques ” de La Luna de Madrid parcourt maintenant des yeux les personnages, modèles ou personnalités, présentés sur les photographies de son exposition : « Lui s’est suicidé, dit-elle, lui a disparu… » Tandis que l’Espagne est frappé de scandales politiques et financiers. Lendemains de fête.

                                                                                                                                         A. C.

Madrid : les années 80, images de la Movida, Le Monde de l’art, novembre 1994-janvier 1995, dans le Cadre du Mois de la Photo de Paris.

Ce texte a été repris dans Écrans de neige, photographies, textes, images (1992-2014),
Éditions Filigranes, coll. « Essai » , Trézélan, 2014, chapitre « L’image, le monde : Sud ».

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Site de consultation :
Bibliothèque de la Maison européenne de la photographie, Paris.