Alexandre Castant

Dominique Grimaldi, Pulse Perspective

Préface

« Écoutez voir » in Préface du Livret du disque de Dominique Grimaldi, Pulse Perspective, avec les musiciens Benoît Alziary, Jean-Philippe Collard-Neven, Dominique Grimaldi, Renaud-Gabriel Pion, Frédéric Sicart, Radio France Éditions, coll. « Signature », Paris, 22 janvier 2021

 

                                                                  Écoutez voir

 

Passés l’émotion, le rythme, le souffle musical, ses improvisations et ses constructions, une question se fait immédiatement jour à l’écoute de Pulse Perspective : comment une musique peut-elle être à ce point “ visuelle ” ? Comment peut-elle suggérer autant de mondes imaginaires et, notamment, cinématographiques ? C’est tout de même une expérience troublante de découvrir, ainsi, un univers d’images intérieures irrigué par le seul monde sonore. Toutefois, pour en approcher le canevas, il faut préalablement repartir en amont d’un projet que Dominique Grimaldi définit lui-même comme « pop, world, jazz, minimaliste, contemporain ».

Compositeur éclectique et bassiste virtuose, Dominique Grimaldi a enregistré, en 2018, Pulse Perspective au studio 106 de la Maison de la Radio. Album qui prolonge à certains égards First Meeting, déjà publié par le label Signature en 2000 et réalisé avec Renaud-Gabriel Pion. Pulse Perspective conduit son auditeur vers une narration imaginaire, lointainement nourrie par les atmosphères et les structures de King Crimson, Frank Zappa, Steve Reich ou Henri Dutilleux. Sa recherche ouvrant une perspective, une exploration de la spatialité, une urbanité aussi, qui oriente donc le scénario sonore offert à l’imaginaire de l’écoute.

 

                                                                         […]

 

Narration, regarder, voir
Dans Atlanta, tandis que les instruments harmoniques entrent dans le récit comme une nouvelle occurrence de narration, un début de fiction ou de construction d’espaces, pour laisser précisément en suspens ce départ d’organisation ou de volume, la section rythmique, quant à elle, suit inflexiblement et imperturbablement sa voie. Two Hearts en est l’expression augmentée, à certains égards, du mélodrame (si le titre renvoie à la notion musicale de pulsation, il est aussi sentimental). Le principe de Two Hearts résulte de la coagulation des dispositifs précédents : tension continue de la basse et d’une batterie massive, figures et éclats sonores, mais avec l’émotion harmonique, cette fois, des autres instruments. Le mélodrame, conceptuel, devient éthéré, il s’envole. Two Hearts est peut-être une histoire des bords, des limites émotives et sensibles traversées, où tout se construit et se déconstruit, dans la nuit, comme des étoiles dans la voie lactée. Retour au motif de l’intitulé initial, paradoxalement, la composition Pulse Perspective invitait l’auditeur à imaginer que tout allait décoller, fuser, traverser l’écran… Mais l’histoire était sous tension. C’est alors que, dans ce mélange de perspectives, d’impulsions et de pressions rythmiques, dans cet écart en quelque sorte, l’imaginaire s’engouffre : des images mentales adviennent. Les compositions de Pulse Perspective drainent un monde visuel et en activent le récit. Un halo de lumière entoure possiblement chaque titre de l’album et leur visualité, abstraite, matiériste, se recompose en une atmosphère d’images.

Dès lors, une impression persiste peut-être… Quels films vient-on de voir ? Chacun peut-il imaginer le merveilleux ciné-club imaginaire qu’invente la couleur des timbres musicaux de Pulse Perspective ? Avec Atlanta, ce serait certainement un film du Nouvel Hollywood, la fin d’un monde ou sa renaissance sur des lignes de crêtes qu’il faudrait visionner quand Two Hearts citerait Mankiewicz ou Douglas Sirk, un mélodrame ou plutôt sa version post-moderne, déconstruite. Si Mad Scientist évoque la graphie électrisée du corps de Jean-Louis Barrault dans Le Testament du docteur Cordelier de Jean Renoir, il y a, très différemment, du Wes Anderson dans Black Capsule. Quant à I Don’t Know, il donnerait à voir les années Mickey Rourke de Michael Cimino… Enfin, c’est une perception très personnelle, intime.

À vous maintenant d’écouter voir…

 

                                                                         Extraits de la préface de A. C.

 

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