Alexandre Castant

L’Art brut, la musique et le son

Catalogue (« Varia », ou des contribution à des ouvrages collectifs qui, pour des raisons rédactionnelles, éditoriales, bibliophiliques, iconographiques ou autobiographiques, ne seront pas reprises dans mes essais de type miscellanées). 

« L’Art brut, la musique et le son » in L’Art brut au LaM
 (Ouvrage collectif dir. par Christophe Boulanger, Sébastien Faucon et Savine Faupin), Gallimard, « Livres d’Art », Paris, 2026,
p. 108-111.

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L’Art brut, la musique et le son

À considérer le champ des arts sonores comme une histoire des croisements entre les arts plastiques et la musique, le son, le silence et la voix, l’écoute et le bruit, la figuration d’instruments de musique ou l’invention de machines sonores, force est de constater que de nombreuses créations de l’art brut y participent, de façon périphérique ou, au contraire, de manière plus définie et circonstanciée. Certes, dans un tel domaine interdisciplinaire et ouvert, la référence historique et la comparaison, la parenté, sont des outils critiques dont l’usage, dans le cas spécifique de l’art brut, doit être prudent. Pourtant, le fait demeure. Le monde sonore spontané, improvisé, rudimentaire et bricolé des Expériences musicales de Jean Dubuffet est enregistré sur disque vinyle en 1961, et Aloïse Corbaz, qui rêvait d’être chanteuse lyrique, fit de l’opéra l’une des thématiques symboliques de ses peintures. Dès lors, les artistes bruts déclineront les possibilités de la rencontre entre les arts plastiques, la musique et le son. Et, de façon concrète ou figurée, les liaisons de l’art brut à l’esthétique de la partition musicale, aux métaphores de l’écoute et des sonorités, aux voix qu’entendent les artistes spirites, à la poésie sonore ou encore à la musique contemporaine, traverseront, résolument, l’œuvre de nombreux artistes de la collection du LaM.

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Musique saturationiste, post-rock et noise
Quand les calligraphies d’August Walla évoquent la poésie sonore, des onomatopées ou encore les Stripsody de Cathy Berberian, la saturation obsessionnelle de motifs proliférants sur la page ou un mur, que produisent les artistes bruts, semble anticiper sur la musique saturationiste. Celle-ci, des décennies plus tard, au début des années 2000, explorera l’esthétique des limites de la tension sonore. Le post-rock ou la musique noise en expérimentent également l’intensité. En conséquence, la recherche de pointe de la musique rock (Talking Heads, Sonic Youth) doit parfois à l’art brut, sa liberté d’expression, sa transgression des marges sociétales, sa démesure et son possible renouvellement. En 1995, David Bowie revient au firmament de la recherche bruitiste post-rock avec l’album Outside, référence implicite à l’Outsider Art, versant anglo-saxon de l’art brut. Accompagné de Brian Eno, David Bowie avait visité, en 1994, la Maison des artistes de l’hôpital psychiatrique de Gugging, près de Vienne, y ressourçant son inspiration artistique. Découvrir le monde intime du silence intérieur, étrange et singulier des artistes bruts pour réinventer les figures granulaires, stridentes, telluriques ou cosmiques du chaos musical et sonore y devint alors un voyage fantastique.

A. C.