Alexandre Castant

Élégie, pour Philippe Franck (Oraison 1)

« Élégie, pour Philippe Franck » in 24h/24 Paradise – Hommages à Philippe Franck
(Ouvrage collectif dir. par Isa*Belle Vrammout, Marc Veyrat, Gaëtan Le Coarer et Rudy Rigoudy), No code – Le Puy-en-Velay, 2026

                                                                                           I.

« Les mots me manquent… Philippe s’est en allé*… Vers les étoiles et leur monde infini dont, créateur sonore, il avait fait son nom de scène, Paradise Now. Sois heureux et en paix,
mon Cher Philippe, dans ce dernier voyage musical et sonore… Tu nous laisses des souvenirs merveilleux, des partages d’écoutes musicales et des découvertes artistiques d’un grand éclat,
tu me laisses vingt ans d’amitié fidèle et enjouée, inventive et chaleureuse, esthétique à chaque instant, dont notre livre Correspondances dans le labyrinthe des sons venait de retracer le parcours sonore et littéraire. Merci pour ce don. Même si, maintenant, le monde ne sera plus exactement le même, quelque chose a changé, une histoire disparaît. « Parce que c’était lui,
parce que c’était moi », écrivait Montaigne de La Boétie dans son chapitre des Essais sur l’amitié. Rien ne me semble résonnait plus justement. Et, j’en suis sûr, nous devons être nombreux à penser cela aujourd’hui. Car, des moments d’exception, nous en avons vécu ensemble, souvent,
avec ton pouvoir et ce talent, sincère, attentif et cristallin, d’être là, présent avec tes amis,
présent, tu l’étais, toujours, vivant.
Je pense avec émotion à Isabelle, évidemment, et à tes proches, artistes, créateurs et créatrices
à travers le monde. Nos amis. Tu ponctuais souvent, presque toujours, tes mails ou tes SMS
d’un souhait de « Bonnes vibrations »… Que ma fraternité t’accompagne
dans leur ultime et éternel mouvement…
À la virgule près, nous avions la même histoire musicale**…
Pourtant, aujourd’hui, devant ce flux d’images de toi, d’archives de films, de textes poétiques
ou d’articles sur la création sonore que tu as écrits, devant tant de musiques
qui nous accompagnent comme un trésor poétique, un jardin secret et une source d’énergie,
à ton sujet artistique, à ton propos esthétique, il me semble que, finalement, nous ne mourons pas. Tu auras eu trop de vies pour leur succomber…
Quand ton beau visage apparaît comme celui d’un géant bienveillant et impérial,
ton buste celui de la bonté…
Tu le savais, entre mission et vocation, tu le sais maintenant, ta vie artistique aura été éternelle. »

                                                                                 Paris, Bruxelles, Mons, 27 janvier-2 février 2025.

*Philippe Franck (10 avril 1963 – 27 janvier 2025) était historien de l’art, commissaire d’exposition et créateur sonore sous le nom de Paradise Now. Ensemble, nous avions notamment publié, en 2024 aux Éditions La Lettre volée, Correspondances dans le labyrinthe des sons, un ensemble de textes critiques qui, au fil du temps et de nos échanges (2005-2022), composait une esthétique des arts sonores.
** The Cure, « The Funeral Party » in Faith, 1981 ; New Order, « Elegia » in Low-Life, 1985.

                                                                                              II.

En regard de cet hommage en forme d’oraison, Correspondances dans le labyrinthe des sons est donc
le livre qui, de manière quasi-exhaustive, retrace « notre histoire » intellectuelle et éditoriale, artistique, musicale, visuelle et sonore, esthétique et poétique de 2005 à 2022. Dès lors, si on associe également à cet ouvrage le livre magnifique que Philippe avait dirigé, déjà chez La Lettre volée en 2015, City Sonic, Les Arts sonores dans la cité, et auquel j’avais collaboré avec un texte
intitulé « Dans le labyrinthe de Mons… City Sonic, une histoire sonore du XXIe siècle », puis mon essai manifeste Les Arts sonores – Son & Art contemporain que Transonic avait produit et édité en 2017 et, enfin, l’entretien que nous avions donné en 2024 à la revue Optical Sound (IX), on ne doit pas être très loin du catalogue entier de notre aventure éditoriale… Sauf le son…

                                                                                             III.

Car, à deux reprises, Philippe a réalisé des musiques telles qu’il les aimait, entre post-wave, minimalisme et ambient, pour deux textes poétiques que j’avais écrits et, qu’à cette occasion, je lisais.

Ainsi, en 2020, suite à la pandémie du Covid-19, le poème Virus, varia figure, avec des créations sonores de Philippe Franck (dont le nom de scène était donc Paradise Now) dans la compilation bruxelloise No Lockdown Sonopoetics – Correspondances confinées :

Virus, varia :
<https://transonic-records.bandcamp.com/track/virus-varia>

Puis, en 2021, différents extraits de Mort d’Athanase Shurail (Éditions Tarabuste, 2019)
seront cette fois mis en musique et publiés dans un numéro de la revue Inter, art actuel
(Québec, n° 137, 2021), consacré aux Pratiques du silence, du son et de l’oralité.
Cette lecture est ici disponible :


Enfin, toujours du point de vue sonore, mais cette fois dans le champ du documentaire
et de la création radiophonique je consacrai à Philippe Franck une édition de
L’Atelier sonore esthétique intitulée Faire des albums curatoriaux, conversation avec Philippe Franck, L’Atelier sonore d’esthétique, 95’, 2019, dont voici le lien :
<https://ateliersonoredesthetique.ensa-bourges.fr/station23/>

Et, par ailleurs, l’introduction : « Historien de l’art, musicologue, critique et producteur, Philippe Franck, né à Liège en 1963, est le directeur artistique de Transcultures, Centre interdisciplinaire des cultures numériques et sonores, une structure créée en 1996 à Bruxelles. Si Transcultures
explore, plus particulièrement, les champs de la création numérique et des arts sonores, c’est toutefois en 2003 que Philippe Franck fonde, pour le diriger depuis, le Festival international des arts sonores City Sonic qui, à Mons puis à Charleroi, demeure une mine et une source précieuses
en matière de recherche et de prospective en arts sonores.
Créateur intermédiatique, Philippe Franck développe également, depuis le début des années 1980, un projet artistique multiforme et, ainsi, a réalisé de nombreuses musiques de chorégraphies (pour Nadine Ganase, Manon Oligny…), de performances, de vidéos (notamment pour Régis Cotentin et Hanzel & Gretzel), d’installations, de parcours géolocatifs… En 2014, il a co-réalisé avec Anne-Laure Chamboissier, le film Bernard Heidsieck, la poésie en action.
Compositeur et musicien sous le nom de Paradise Now depuis les années 1990, en collaboration avec la performeuse Isa*Belle, les musiciens électroniques Christophe Bailleau ou Gauthier Keyaerts, ainsi que plusieurs poètes (dont Ira Cohen, Gerard Malanga, Werner Moron, Eric Therer,
Catrine Godin), Philippe Franck a produit de nombreuses publications, collectives, musicales ou éditoriales, sur    la création interdisciplinaire, numérique et sonore.
Aussi, à l’occasion de sa venue, le 3 février 2016 à l’École nationale supérieure d’art de Bourges, Philippe Franck répondit à la question de L’Atelier sonore d’esthétique : « Pourquoi le son ? »…
Sa réponse ouvrit alors un documentaire de création radiophonique qui est, aussi, le portrait d’une génération… »

                                                                                               […]

                                                                                                                                                                    A. C.